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Le quatuor à cordes "Impromptu"

Le quatuor à cordes "Impromptu"

Les Sept Paroles du Christ en Croix, oeuvre de  Joseph HAYDN (1785), interprétée par :
Dominique SUAUD, 1er violon
François TOIS, 2ème violon
Antoine BRUNET, alto
Marc Le BRET, violoncelle

Historique de l’œuvre

En 1785, Joseph HAYDN qui était au sommet de son art, reçut une lettre de l’évêque de Cadix, lui demandant s’il pouvait composer pour la Semaine Sainte le commentaire musical des 7 dernières paroles prononcées par le Christ en croix. Chaque année, l’évêque demandait une nouvelle partition à un compositeur en renom. La cérémonie se déroulait le Vendredi Saint à midi, dans la cathédrale tendue de noir, toutes fenêtres obturées, à peine éclairée par une unique lampe pendue à la croisée du transept. L’évêque parlait 10 minutes sur la première parole, puis il s’agenouillait devant l’autel pendant que l’orchestre illustrait cette parole, puis il se relevait pour commenter la seconde parole et ainsi de suite jusqu’à la fin.

Haydn accepta. Il était un fervent croyant et il s’attaqua avec enthousiasme et conviction à la tâche. Mais après quelques semaines de travail, il écrivit à l’évêque : « Eminence, pour certains morceaux, je n’arrive pas à me limiter aux 10 minutes imposées. Puis-je dépasser ? » L’évêque lui répondit : « Ne vous inquiétez pas, c’est moi qui réduirai mon sermon en conséquence ».

L’œuvre eut immédiatement un immense succès à travers toute l’Europe, tant son caractère expressif entraîne l’auditeur le moins averti, même non croyant, dans des émotions profondes. Aussi Haydn décida-t-il rapidement d’écrire une version pour quatuor à cordes, pour permettre son exécution la plus large possible. C’est celle-ci qui est présentée aujourd’hui.

En même temps Haydn fit une réduction pour piano, qui lui donna dit-il, énormément de peine, ce que l’on comprend aisément quand on entend l’œuvre, qui est d’une richesse de composition difficile à rendre sur un seul instrument.

Puis 8 ans plus tard, Haydn eut la surprise d’entendre un jour dans une église une version avec chœurs de son œuvre. C’était un arrangement du maître de chapelle local. Haydn trouva que c’était bien, mais il déclara : « Je crois que je peux faire mieux ». Et il écrivit lui aussi une version avec chœurs, qui eut encore plus de succès que la version d’origine pour orchestre seul.

Vers la fin de sa vie, un de ses amis lui demanda laquelle de ses œuvres il estimait la plus réussie, il répondit : « Les 7 dernières paroles du Christ en croix ». Et si l’on juge d’après le critère énoncé par Molière pour savoir si une œuvre d’art est bonne ou non (pour être bonne, une œuvre doit plaire à la fois aux connaisseurs et au plus grand nombre, disait Molière), alors, assurément, Haydn avait bien jugé.

Commentaire musical de l’œuvre

Introduction : Le Calvaire
Atmosphère dramatique, la musique évoque le caractère terrible du lieu, sous un ciel lourd et sombre. Elle évoque aussi l’état d’esprit des assistants : douleur, pitié et attente.

1° « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font »
Un thème très simple, de trois notes, appel du Christ au Père, forme la trame du morceau. L’atmosphère est encore d’apaisement, de pardon, presque de sérénité, entrecoupée de grands élans vers Dieu le Père.

2° « En vérité, je te le dis, aujourd’hui même tu seras avec moi dans le Paradis »
Un dialogue du Christ avec le Bon larron, qui commence par l’interrogation un peu timide du Bon larron, à laquelle succède un chant sublime du 1er violon, évoquant le Paradis. Le dialogue se poursuit dans une atmosphère d’espérance qui se change peu à peu en certitude et en affirmation joyeuse de l’arrivée au Paradis.

3° « Femme, voici ton Fils, et toi, voici ta mère »
Une musique expressive dès les premières notes, qui sont un appel à Marie et à Jean, suivi de l’énoncé de la décision de Jésus. Le morceau commence dans une atmosphère heureuse, presque joyeuse, qui évoque l’amour de Jésus envers Marie et Jean, puis cette atmosphère se transforme, devient douloureuse, haletante, traduisant la douleur de la séparation. Elle s’achève par un ultime appel, à peine murmuré.

4° « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
Un morceau d’une intense émotion dès les premières notes, suite d’appels douloureux criés vers le Père. Atmosphère de doute, de révolte, de souffrance, allant jusqu’aux sanglots, de supplication, de découragement, de résignation finale.

5° « J’ai soif »
Les gouttes d’eau égrenées en pizzicato et le chant limpide du 1er violon comme planant au-dessus d’un lac, évoquent, au premier degré, la soif physique. Les développements tourmentés et dramatiques qui suivent évoquent la soif spirituelle de justice, de conversion des hommes, que le Christ, par son exemple, projette à la face du monde.

6° « Tout est consommé »
Une mélodie très simple, de 5 notes descendantes comme un »atterrissage », traduit l’idée d’achèvement : achèvement de la mission du Christ, de son supplice, et établit une atmosphère de soumission à la volonté du Père. Puis un 2ème thème s’y ajoute, presque gai, évoquant la nostalgie du bonheur passé. La lutte entre ces deux sentiments, se traduit par une coloration progressive de ce second thème qui s’élargit, devient dramatique, pour traduire douleur et désespoir. Le morceau, après un dernier cri, s’achève dans l’acceptation, la soumission à la volonté du Père.

7° « Père, entre tes mains, je remets mon esprit »
Un morceau d’une intense beauté. Les instruments jouent en sourdine, c’est la mort du Christ : il n’a presque plus de souffle. Sérénité, abandon, chant d’espoir à peine murmuré, prière d’amour haletante dialoguant avec le Père dont la voix confiante s’élève du violoncelle et de l’alto. Le morceau s’éteint avec le Christ, dans un ultime soupir. C’est le silence. Et alors éclate immédiatement le Tremblement de terre.
Cette brève conclusion heurtée, sauvage, débridée, traduit autant le tremblement de terre physique que l’ébranlement profond des âmes qui a conduit le centurion présent sur les lieux à proclamer : « Vraiment, celui-là était le Fils de Dieu ».